Des procédures dans un fichier, des idées dans une application de notes, des liens dans le navigateur, des comptes rendus dans un autre outil… Quand les informations sont éparpillées, on finit par ne plus rien retrouver. Trilium Notes propose de tout regrouper dans une seule base de connaissances : une application de notes open source, que l’on installe sur son ordinateur ou que l’on auto-héberge sur un serveur pour y accéder depuis un navigateur. C’est une alternative open source à Notion et Evernote pour qui veut garder la main sur ses données. Cet article présente ce qu’elle sait faire, comment l’installer et les limites à connaître avant de s’y engager.
Trilium, c’est quoi ?
Trilium est une application de prise de notes hiérarchique, gratuite et open source, pensée pour construire de grandes bases de connaissances personnelles. Elle existe sur Windows, macOS et Linux, et en version serveur pour un accès par navigateur. Attention à l’orthographe : Trilium s’écrit avec un seul « l ».
- Open source : le code est publié sous licence AGPL-3.0. Le site indique qu’il n’y a ni offre payante ni compte à créer, et que l’application fonctionne hors ligne.
- Un projet repris par la communauté : créé par Zadam, il a été confié à la communauté. Le dépôt actuel, TriliumNext/Trilium, est très actif et compte plus de 38 000 étoiles sur GitHub. Une installation existante peut être reprise sans étape de migration particulière, selon le projet.
- Encore en version 0.x : nous avons travaillé avec la 0.106. Le projet n’a pas atteint la 1.0, et les changements restent fréquents.
- Une base SQLite : les notes sont stockées dans une base de données, dans le dossier de données de l’application.
Une arborescence, des liens et des clones
Les notes s’organisent dans un arbre sans limite de profondeur. Il n’y a pas de dossiers : chaque note peut contenir des sous-notes. L’éditeur est visuel : titres, listes, cases à cocher, tableaux, images, formules et blocs de code colorés, avec des raccourcis de type Markdown.

Trois fonctions changent la façon d’organiser ses notes :
- Les clones : une même note peut apparaître à plusieurs endroits de l’arbre, sans copie. Une procédure de sauvegarde peut vivre dans « Procédures » et dans « Infrastructure », et une modification se voit partout.
- Les liens internes : on relie les notes entre elles, et Trilium affiche les rétroliens, c’est-à-dire les notes qui pointent vers celle que l’on lit.
- L’isolation d’un espace de travail : le projet décrit la possibilité de ne voir qu’une partie de l’arbre, par exemple pour séparer notes personnelles et professionnelles.

Des collections pour voir les mêmes notes autrement
Trilium s’appuie sur des attributs : des étiquettes et des relations que l’on ajoute aux notes pour les classer et les retrouver. Avec les collections, un groupe de notes s’affiche en tableau, en Kanban, en calendrier ou sur une carte géographique.


Les colonnes du tableau sont des attributs définis sur la collection, et les cartes du Kanban se déplacent d’une colonne à l’autre pour changer l’état d’une tâche.
Un type de note pour chaque usage
Tout ne tient pas dans un paragraphe. Trilium propose des notes de code (avec coloration), des canevas de dessin basés sur Excalidraw, des cartes mentales, des diagrammes Mermaid, des cartes des notes pour visualiser les liens, des cartes géographiques avec repères et tracés GPX, et des fichiers joints, dont des PDF.

Retrouver, protéger, partager
- Recherche : navigation rapide par titre avec correspondance approximative, recherche dans tout le texte, et, d’après le site, recherche dans le texte des images et des PDF par reconnaissance de caractères.
- Historique : les notes sont enregistrées régulièrement en arrière-plan, et l’on peut revenir à une version antérieure.
- Notes protégées : chiffrement note par note, derrière un mot de passe. Par défaut, les notes ne sont pas chiffrées dans la base.
- Partage : avec un serveur, on peut publier une partie de l’arbre sous forme de site public en lecture seule.
- Import et export : import Markdown, HTML, OPML et Evernote ; export en Markdown, HTML ou OPML ; impression d’une note ou d’un sous-arbre en PDF.
- Web clipper : une extension de navigateur enregistre des pages web directement dans Trilium.
Scripts, API et IA
- Scripts : du JavaScript côté interface (boutons, panneaux) et côté serveur (tâches planifiées ou déclenchées par un événement).
- API REST (ETAPI) : lire, créer et modifier des notes par HTTP, pratique pour automatiser. C’est ce que nous avons utilisé pour créer les notes de nos captures.
- IA, en option : désactivée par défaut, avec un fournisseur de votre choix (OpenAI, Anthropic, Google avec votre clé, ou un modèle auto-hébergé compatible OpenAI) et un accès aux notes par MCP. Ce sont des fonctions annoncées par le projet, que nous n’avons pas testées.
Trilium comme second cerveau
Le « second cerveau » est une idée popularisée par Tiago Forte dans Building a Second Brain : un système numérique, extérieur à votre tête, où l’on dépose ce que l’on veut retenir pour le retrouver et le réutiliser. Sa méthode tient en quatre gestes, CODE : capturer, organiser, distiller et exprimer. Trilium ne se présente pas ainsi, mais il s’y prête bien : sa documentation décrit elle-même des façons d’organiser une base de connaissances personnelle qui s’en rapprochent.

- Capturer : le web clipper enregistre des pages web (ou des captures d’écran) directement dans Trilium. La note du jour, que Trilium sait créer, peut servir de boîte de réception : on y jette l’idée sans se demander où la ranger, et on la classe en fin de journée, comme le décrit la documentation.
- Organiser : on range dans l’arbre, par exemple en Projets, Domaines, Ressources et Archives (la méthode PARA du même auteur), et les clones permettent à une note d’apparaître à plusieurs endroits sans copie. L’auteur de la documentation décrit une « hiérarchie paresseuse » : on ne crée pas la structure d’abord pour la remplir ensuite.
- Distiller : les liens internes et les rétroliens relient les idées entre elles, les collections les regroupent en tableau ou en Kanban et la carte des notes dessine le réseau de ces liens. Résumer ses notes reste un travail à faire soi-même : Trilium offre l’endroit, pas le résultat.
- Exprimer : on exporte en Markdown, HTML ou OPML, on imprime en PDF, ou l’on publie une partie de l’arbre en site public en lecture seule avec un serveur.
Pour voir son second cerveau prendre forme, ouvrez la carte des notes. Trilium y représente chaque note par un point et chaque lien interne par un trait : plus on relie ses notes, plus le réseau se densifie. L’image ci-dessous vient d’une base d’exemple fictive d’une quarantaine de notes, que nous avons créée pour l’occasion et classée selon la méthode PARA (Projets, Domaines, Ressources, Archives). Nous avons coloré les notes par dossier : orange pour les projets, violet pour les domaines, vert pour les ressources, gris pour les archives et bleu pour la boîte de réception. Le réseau qui en résulte ressemble à un réseau de neurones.

Un second cerveau est d’abord une habitude, pas un logiciel : Trilium ne trie ni ne résume à votre place, et tout dépend de la régularité avec laquelle vous y déposez, reliez et relisez vos notes. Il offre en revanche une base durable, qui reste chez vous, quel que soit l’avenir d’un service en ligne.
Comment l’installer
Il y a trois façons de l’utiliser :
- L’application de bureau (Windows, macOS, Linux) : on télécharge la version depuis la page des versions GitHub et on la lance. Aucun serveur ni compte, tout reste en local.
- Le serveur : pour accéder à ses notes depuis un navigateur et les synchroniser entre appareils. Des images Docker officielles existent pour AMD64, ARMv7 et ARM64.
- Le mobile : il n’y a pas d’application officielle. L’interface du serveur s’adapte aux smartphones et s’installe en PWA. Des applications tierces existent : TriliumDroid et Pocket Trilium sur Android, Trinote sur iOS.
Avec Docker Compose
Voici un exemple inspiré du fichier officiel :
# docker-compose.yml
services:
trilium:
image: triliumnext/trilium:v0.106.0
restart: unless-stopped
ports:
- "8080:8080"
volumes:
- ./trilium-data:/home/node/trilium-data
Après docker compose up -d, Trilium répond sur le port 8080. Au premier lancement, l’assistant demande la langue, le type de base (nouvelle base, contenu de démonstration ou synchronisation avec un serveur existant) et un mot de passe. Nous avons testé la version serveur pour Linux, sans Docker : l’assistant fonctionne comme décrit.
Quelques précautions :
- Fixez la version : la documentation déconseille le tag « latest », car une mise à jour automatique peut perturber la synchronisation.
- Protégez l’accès : derrière un reverse proxy en HTTPS, avec la double authentification (TOTP) ou OpenID Connect.
- Sauvegardez le dossier de données, et ne le placez pas sur un lecteur réseau, ce que la FAQ déconseille.
- Avec Coolify : un modèle officiel d’installation en un clic existe. Voir notre article sur Coolify. Portainer fait aussi l’affaire.
Trilium face à Notion et Evernote
Notion et Evernote sont des services en ligne propriétaires : vos notes vivent chez l’éditeur. Avec Trilium, la base reste chez vous, sur votre ordinateur ou sur votre serveur, sous licence AGPL-3.0, sans compte à créer. Si vous venez d’Evernote, l’import est prévu.
- Ce que vous gagnez : la maîtrise de vos données, le clonage de notes, les scripts et l’API.
- Ce que vous perdez : l’édition à plusieurs en temps réel que propose Notion, une application mobile officielle et l’écosystème d’intégrations d’un service en ligne.
Les limites à connaître
- Un seul utilisateur : Trilium est pensé pour une personne. On peut synchroniser ses appareils et publier en lecture seule, mais pas éditer à plusieurs en temps réel.
- Pas d’application mobile officielle : avec une application tierce, la version de synchronisation doit correspondre à celle du serveur.
- Pas de fichiers Markdown : les notes sont dans une base SQLite. Pour les utiliser ailleurs, il faut les exporter.
- Une prise en main à prévoir : attributs, relations et scripts demandent du temps.
- Pas un stockage de fichiers : la synchronisation peut échouer avec de très gros fichiers (la FAQ parle d’environ 1 Go).
- Pas de cloud officiel : si vous ne voulez pas gérer de serveur, des hébergeurs tiers proposent Trilium géré, comme PikaPods.
- Une version 0.x : faites une sauvegarde avant chaque mise à jour.
Pour qui, et pour quoi ?
Trilium convient aux indépendants, développeurs, étudiants, chercheurs et petites agences qui veulent une base de connaissances qu’ils maîtrisent : procédures, veille, comptes rendus, documentation. C’est aussi une piste pour quitter Notion, Evernote ou un autre service de notes en ligne, grâce aux imports Evernote et Markdown, et pour qui aime automatiser grâce à l’API et aux scripts.
Il convient moins à une équipe qui veut éditer les mêmes pages en même temps, ou à qui préfère garder ses notes dans de simples fichiers Markdown : Logseq, également sous licence AGPL-3.0, peut mieux convenir.
En résumé
Trilium est une base de connaissances open source et auto-hébergeable, avec un arbre de notes, des clones, des collections, des scripts et une API. C’est un très bon candidat pour remplacer Notion, Evernote ou un autre service de notes en ligne, à condition d’accepter une application pensée pour une seule personne, encore en version 0.x, sans application mobile officielle. Si vous voulez de l’aide pour l’installer ou la maintenir sur votre serveur, parlez-nous de votre situation.



