Quand une équipe grandit, le tableur des contacts et des devis finit par craquer. Le choix d’un CRM est alors frustrant : des outils simples mais difficiles à adapter, ou des plateformes flexibles dont la mise en place prend des mois et dont les données restent chez l’éditeur.
Twenty se présente comme une troisième voie : un CRM open source, utilisable dans le cloud de l’éditeur ou installable sur votre propre serveur, que l’on façonne selon son activité. Le projet est bien vivant, puisque sa dernière version est sortie récemment. Voici ce que disent sa documentation et les sources publiques, avec les points à vérifier.
Twenty, c’est quoi ?
Twenty est un CRM développé par une startup du même nom. Son site officiel le décrit comme un socle pour construire un CRM sur mesure, que l’on fait évoluer comme le reste de sa pile technique. Le code est publié sur le dépôt GitHub de Twenty, créé en décembre 2022 et suivi par plus de 58 000 étoiles.
D’après TechCrunch (novembre 2024), les trois cofondateurs avaient auparavant créé Luckey, racheté par Airbnb, et la société a levé 5 millions de dollars au total en deux tours. Côté technique, la pile est celle du web moderne : TypeScript, React, NestJS, PostgreSQL et Redis. Un terrain familier pour une agence.
Un point de licence à connaître : le projet est principalement sous AGPLv3, mais certains fichiers relèvent d’une licence commerciale (marquée « Enterprise »), et plusieurs paquets (CLI, SDK, bibliothèque d’interface) sont sous licence MIT. Le projet n’est donc pas entièrement AGPL.

Les fonctionnalités principales
Un modèle de données que vous dessinez
La documentation met en avant la personnalisation du modèle de données : objets personnalisés, champs de plus de 20 types et relations entre objets. Les objets de base (entreprises, personnes, opportunités, tâches, notes) servent de point de départ, et vous ajoutez les vôtres, par exemple un « chantier » ou un « événement ».
Les fiches s’affichent en tableau, en kanban ou en calendrier, avec filtres ET/OU et vues enregistrées. L’import CSV détecte les doublons, et l’export reste possible à tout moment, ce qui limite l’enfermement.

E-mails, calendrier et automatisations
- Synchronisation de la messagerie et de l’agenda Google Workspace ou Microsoft 365 ; pour les autres fournisseurs, la documentation évoque le SMTP pour les boîtes mail et CalDAV pour les calendriers.
- Workflows visuels déclenchés par une modification de fiche, une planification, une action manuelle ou un webhook entrant.
- Tableaux de bord avec widgets en temps réel pour suivre le pipeline.
IA, API et extensions
Twenty intègre un assistant qui interroge vos données en langage naturel, ainsi que des agents capables d’enchaîner des tâches, comme enrichir une fiche ou rédiger un suivi. La documentation précise qu’ils respectent le modèle de permissions : un agent n’accède qu’aux objets et aux champs autorisés pour le rôle concerné.
Côté développeurs, on trouve des API REST et GraphQL, des webhooks et, d’après la FAQ tarifs, un serveur MCP livré avec les espaces cloud. Un framework d’applications permet d’ajouter objets, fonctions serveur et composants React en TypeScript ; le README propose de démarrer avec npx create-twenty-app my-app. Si vous pilotez déjà des agents IA via un hub MCP auto-hébergé comme Executor, ces points d’entrée méritent d’être étudiés.
Installer Twenty sur son serveur
La documentation recommande Docker Compose. Prévoyez Docker et Docker Compose à jour, et au moins 2 Go de RAM. Le plus rapide : le script d’installation officiel.
bash <(curl -sL https://raw.githubusercontent.com/twentyhq/twenty/main/packages/twenty-docker/scripts/install.sh)
La procédure manuelle tient en quelques étapes :
- Récupérez le fichier
.envd’exemple et le fichierdocker-compose.ymlfournis par le projet. - Générez une clé unique avec
openssl rand -base64 32et placez-la dansENCRYPTION_KEY; choisissez aussi un mot de passe PostgreSQL robuste, sans caractères spéciaux. - Démarrez avec
docker compose up -d, puis ouvrez le port 3000. - En production, placez Twenty derrière un reverse proxy en HTTPS et renseignez
SERVER_URL.
Conservez précieusement la clé de chiffrement : selon la documentation, la perdre revient à perdre l’accès à tous les secrets stockés en base (jetons OAuth, secrets TOTP, etc.). Les sauvegardes passent par pg_dump, et une mise à jour consiste à modifier la valeur TAG du fichier .env puis à relancer les conteneurs ; les migrations s’exécutent au démarrage. Depuis la version 2.34, PostgreSQL 15 ou plus récent est exigé.
Tarifs et formules
La page tarifs officielle affiche pour le cloud : Pro à 9 $ par utilisateur et par mois (facturation annuelle), Organization à 19 $ par utilisateur et par mois, et Enterprise à partir de 50 000 $ par an. La documentation indique un essai de 30 jours avec carte bancaire, ou de 7 jours sans carte.
L’auto-hébergement est proposé gratuitement : il inclut toutes les fonctions du plan Pro, avec un support communautaire sur Discord. Les fonctions « premium » (SSO, permissions par ligne, journaux d’audit, suivi de la consommation IA) demandent le plan Organization, y compris en auto-hébergé, via une clé payante. Nous n’avons pas trouvé de prix pour cette clé sur les pages consultées.
Sur le cloud, workflows et IA consomment des crédits (1 crédit équivaut à 1 $ d’usage selon la documentation) ; la page tarifs mentionne 50 crédits de workflow par an dans le plan Pro. Ces tarifs peuvent évoluer : vérifiez la page officielle.
Pour qui ?
La documentation cite elle-même ses publics cibles :
- les startups et équipes avec des profils techniques, qui ont dépassé le tableur ;
- les agences web à l’aise avec TypeScript, React et PostgreSQL ;
- les organisations qui doivent héberger leurs données elles-mêmes ;
- les entreprises qui souhaitent quitter Salesforce.
À l’inverse, elle le déconseille aux équipes qui veulent un CRM auquel elles n’ont jamais à penser, ou qui ont besoin de centaines d’intégrations prêtes à l’emploi. À notre avis, une très petite structure sans temps à y consacrer gagnera à commencer par l’offre cloud.
Twenty face à ses alternatives
La documentation de Twenty cite HubSpot et Pipedrive comme de bons choix pour qui veut un outil entièrement géré, et reconnaît que son écosystème d’intégrations est moins étendu que ceux de Salesforce ou HubSpot. Le compromis est donc clair : moins de connecteurs prêts à l’emploi, mais la maîtrise des données et du code.
Le site publie aussi des comparaisons de prix avec HubSpot, Salesforce et Pipedrive, entre autres ; elles émanent de l’éditeur, à lire avec ce recul.
Limites et points d’attention
- Intégrations : l’éditeur admet que l’écosystème est encore en construction.
- Licence mixte : si vous modifiez le cœur du code, relisez l’AGPLv3. La documentation indique que l’obligation de publier ses modifications ne s’applique pas avec l’offre Organization auto-hébergée. Nous ne sommes pas juristes : au besoin, demandez un avis.
- Rythme de publication : la version 2.50 est sortie récemment, et les notes de version signalent des changements incompatibles. Sauvegardez avant chaque mise à jour et testez-la sur une copie.
- Exploitation : en auto-hébergement, serveur, sauvegardes et mises à jour vous incombent.
- Fonctions payantes : SSO, permissions par ligne et journaux d’audit ne sont pas dans la formule gratuite.
Nous ne l’avons pas testé nous-mêmes : cet article s’appuie sur la documentation officielle, le dépôt GitHub et la presse spécialisée.
En résumé
Twenty est un CRM open source actif, personnalisable et installable avec Docker Compose, qui s’adresse surtout aux équipes à l’aise avec PostgreSQL et TypeScript. Son atout : modeler ses données et garder la main sur l’hébergement. Sa contrepartie : un écosystème d’intégrations plus jeune et une licence à lire attentivement.
Avant de migrer vos données réelles, commencez par l’essai cloud ou une instance locale, et vérifiez que vos fonctions clés sont dans la formule retenue.



