Créer une affiche, un post pour les réseaux sociaux ou une présentation passe souvent par un service en ligne : compte obligatoire, modèles réservés aux abonnés, exports limités, fichiers hébergés chez un tiers. Doory prend le contre-pied : c’est un éditeur de design qui s’ouvre dans le navigateur, qui s’utilise sans compte, sans offre payante annoncée, et dont le code est ouvert.
Cet article s’appuie sur le dépôt GitHub, la documentation et le site officiel, sans test de notre part. Doory est un projet très jeune et il se présente comme tel : l’éditeur est complet, mais la bibliothèque de modèles reste petite.
Doory, c’est quoi ?
Doory est un éditeur de design graphique qui tourne dans le navigateur. On part d’un modèle ou d’une page vierge, on modifie chaque élément, puis on exporte en PNG, JPG, SVG, PDF, MP4, WebM ou GIF. Le dépôt le décrit comme une alternative open source à Canva et cite les affiches, posts, stories, présentations, invitations, CV, miniatures et cartes de visite.
- Open source : le code est public sur GitHub, avec une obligation de crédit expliquée dans les limites plus bas.
- Gratuit : le projet annonce aucune offre payante, aucune fonction verrouillée et aucune publicité.
- Sans compte pour commencer : un visiteur invité crée tout de suite, ses créations sont enregistrées dans le navigateur ; un compte les garde sur le serveur et ouvre le partage et les kits de marque.
- Projet en construction : les versions sont numérotées en 0.x et publiées régulièrement. La page GitHub affiche environ 1 900 étoiles (la page du dépôt donne la valeur exacte) et le dépôt est très actif.
- Technologies : React et TypeScript côté navigateur, Django et PostgreSQL côté serveur, déployés avec Docker Compose.
Ce que Doory permet de faire
Éditer
Avec Doory, les outils sont rangés dans une barre à gauche (modèles, texte, formes, autocollants, images, arrière-plan, marque, animation, audio, calques) et s’ouvrent en panneaux. La barre au-dessus de la page change selon l’élément sélectionné.
- Texte : titres, texte courbe, effets, associations de polices, listes, catalogue de polices libres et polices personnelles.
- Éléments : formes, lignes, flèches, environ 27 500 icônes annoncées, emojis, illustrations, autocollants et QR codes.
- Photos : import, recadrage, masques, filtres, détourage exécuté dans le navigateur, agrandissement de 2× à 4× et recherche de photos libres avec une clé Unsplash ou Pexels.
- Mise en page : calques, groupes, guides, règles, plusieurs pages par création (chacune à son format) et changement de format. La liste des formats compte environ 1 600 tailles intégrées annoncées, et un administrateur peut ajouter les siennes.
Animer
Le projet annonce 27 animations d’entrée et de sortie, 12 animations d’emphase, 16 transitions de page, 24 boucles musicales et 88 effets sonores libres de droits. On peut présenter à l’écran, avec notes d’intervenant et seconde fenêtre, ou exporter la création en vidéo ou en GIF.
Travailler à plusieurs
Les créations se partagent par des liens qui permettent de voir, de commenter ou de modifier, avec un mot de passe facultatif. On trouve aussi des commentaires épinglés, un historique des versions, la co-édition en temps réel et un mode présentation. Les kits de marque regroupent couleurs, polices et logos. La connexion par Google ou par un fournisseur OpenID Connect est facultative.
Exporter
La plupart des téléchargements sont générés dans le navigateur. Le PDF d’impression, qui peut comporter des fonds perdus et des traits de coupe, passe en revanche par un Chromium sans interface sur le serveur. Un mode à contraste élevé est prévu pour l’accessibilité.
Les modèles : un point de départ
Doory livre dix modèles : une affiche de tournée, une story d’événement, une publication de soldes, une présentation d’investisseurs, un flyer d’ouverture, une invitation de mariage, une miniature YouTube, un CV, une citation et une carte de visite. Chacun reprend la mise en page des modèles les plus vendus de sa catégorie, d’après le README, avec des polices libres et, quand il y en a une, une photo sans droits. Tout reste modifiable, et un administrateur peut en ajouter.
La bibliothèque est donc modeste face à celle d’une plateforme commerciale, et le projet le dit lui-même : « the template library is small ».
Comment l’installer
Il faut Git, Docker avec le plugin Compose et un serveur. La documentation propose aussi une installation sans Docker, avec nginx et systemd. Pour Doory, la version Docker tient en quelques commandes.
Avec Docker Compose
git clone https://github.com/shaongitbd/doory && cd doory
cp .env.example .env # renseignez DJANGO_SECRET_KEY (openssl rand -base64 48) et POSTGRES_PASSWORD
docker compose up -d --build
docker compose exec api python manage.py createsuperuser # votre compte administrateur
L’application s’ouvre ensuite sur http://localhost:8080. Deux points sont à retenir : aucun compte administrateur n’est créé automatiquement, et un nouveau site démarre vide, sans modèles, sans icônes et avec les seules polices du système. Le contenu de départ s’ajoute par des commandes décrites dans la page « content » de la documentation :
docker compose exec api python manage.py seed_gallery
docker compose exec api python manage.py sync_fonts --popular 100
docker compose exec api python manage.py seed_templates
docker compose exec api python manage.py seed_elements
docker compose exec api python manage.py sync_element_packs
Les polices (100 familles) pèsent environ 6 Mo ; les quelque 27 500 icônes, emojis et illustrations, 120 à 130 Mo et une quarantaine de secondes la première fois. Deux commandes complètent le tout : sync_models pour le détourage d’image dans le navigateur (4,6 Mo par défaut) et sync_audio pour la musique et les effets sonores (environ 7 Mo).
Pour un usage public, placez un proxy inverse qui gère le HTTPS devant le conteneur web. La documentation demande alors de régler quelques variables du fichier .env :
# .env (extrait) : valeurs à adapter
SITE_URL=https://votre-domaine.fr
DJANGO_SECRET_KEY=VOTRE_CLE_SECRETE
POSTGRES_PASSWORD=VOTRE_MOT_DE_PASSE
DJANGO_ALLOWED_HOSTS=votre-domaine.fr
WEB_BIND=127.0.0.1
SECURE_SSL_REDIRECT=true
SECURE_COOKIES=true
Le proxy doit aussi transmettre les WebSockets sur /ws/, nécessaires à la co-édition. Choisissez un mot de passe de base de données en lettres et chiffres : il est intégré à l’adresse de connexion.
L’installation comprend une base PostgreSQL 16, l’API, un serveur temps réel et le serveur web nginx. Le serveur MCP et Redis sont facultatifs et s’activent par des profils Compose. À la place d’une construction locale, le projet publie des images Docker pour processeurs amd64 et arm64 : la documentation conseille d’épingler un numéro de version plutôt que latest. E-mail, connexion Google, stockage compatible S3, photos libres et export côté serveur sont aussi facultatifs.
Piloter Doory depuis un assistant IA
Doory peut faire tourner un serveur MCP (Model Context Protocol) à l’adresse /mcp de votre domaine. Des clients comme Claude ou Cursor peuvent alors créer et modifier des créations : « fais une affiche 1080 × 1350 pour nos soldes avec les couleurs de la marque », « traduis les titres de toutes les pages », « déplace le logo en bas à droite ».
Cette fonction est désactivée par défaut. Avec Docker, il faut ajouter deux lignes au fichier .env, puis relancer avec docker compose up -d :
# .env : activation du serveur MCP
MCP_ENABLED=true
COMPOSE_PROFILES=mcp
- Un jeton par utilisateur : il se crée dans les réglages (« AI assistants (MCP) »), avec les droits choisis (lecture, modification, corbeille, images, commentaires, partage) et une durée d’un an au maximum. Il n’est affiché qu’une fois.
- Des garde-fous : la création d’un lien de partage est signalée comme sensible, donc le client demande confirmation, et chaque modification enregistre l’état précédent dans l’historique des versions.
- Le remplissage de modèles en lot : depuis l’assistant ou l’API REST, on remplit un modèle par clé de champ et on obtient une création par ligne, dans la limite d’un nombre de lignes réglable.
Les limites à connaître
- Un projet jeune : le README parle d’un éditeur complet mais d’une bibliothèque de dix modèles, et invite à signaler les bogues. Les versions publiées sont en 0.x.
- Des critiques sur Hacker News : lors de la présentation « Show HN » de Doory, plusieurs commentateurs ont relevé un historique de commits très court et pensent le code largement produit par un assistant IA. L’un d’eux rapportait des plantages et des défauts d’interface, un autre trouvait les modèles comparables à ce qu’un assistant produirait. La personne qui présentait le projet a répondu que le code vient de projets internes, dont une première version avait été utilisée par des designers, et a annoncé des améliorations. Le dépôt contient d’ailleurs un fichier d’instructions pour les agents de code IA (AGENTS.md). Ce sont des avis de lecteurs, pas des mesures.
- Un crédit obligatoire : l’usage est libre, y compris commercial, mais l’auteur doit être crédité : le README demande de conserver les mentions légales et d’afficher le crédit dans l’application en fonctionnement. Lisez ces conditions dans le dépôt avant d’héberger l’outil pour des tiers.
- L’hébergement à votre charge : sauvegardes, mises à jour et sécurité sont de votre ressort. L’image par défaut embarque Chromium (environ 400 Mo) et ffmpeg (environ 250 Mo) ; les images prêtes à l’emploi n’incluent pas ffmpeg et ne prennent donc pas en charge les clips vidéo.
- L’export par l’IA : l’outil d’export du serveur MCP suppose l’export côté serveur, désactivé par défaut, tout comme l’export vidéo des créations enregistrées.
- Où sont vos fichiers : les créations d’un invité restent dans le navigateur de l’appareil ; celles d’un compte sont sur le serveur qui fait tourner l’outil, le vôtre si vous l’hébergez.
Doory face à Canva et Penpot
Les trois outils ne visent pas le même usage. Doory se présente comme une alternative à Canva : modèles, affiches, réseaux sociaux. Penpot, lui aussi open source, est une plateforme de conception d’interfaces et de prototypes pour des équipes qui construisent des produits numériques.
| Outil | Usage principal | Auto-hébergement | Offre | Pilotage par IA |
|---|---|---|---|---|
| Design graphique : affiches, posts, présentations, vidéo courte | Oui, avec Docker Compose ou sans Docker | Gratuit, aucune offre payante annoncée | Serveur MCP intégré, désactivé par défaut | |
| Design graphique en ligne, avec modèles | Service en ligne de l’éditeur ; auto-hébergement non vérifié | Modèle freemium d’après Wikipédia ; lisez la page de tarifs | Non vérifié | |
| Design d’interfaces, prototypes et systèmes de design en équipe | Oui, avec Docker ou Kubernetes d’après sa documentation | Offre gratuite annoncée et offres payantes ; lisez la page de tarifs | Serveur MCP annoncé sur le site |
Logos des outils cités : marques de leurs éditeurs et projets, reproduits à titre d’illustration d’après leurs sites et dépôts officiels.
Ce tableau n’est pas un classement. Nous n’avons pas pu lire les pages de Canva, bloquées pour les outils automatiques : sa ligne repose sur Wikipédia, et l’offre exacte est à vérifier sur son site. Il n’existe pas, à notre connaissance, de comparatif chiffré entre Doory et Canva ; la différence la plus visible reste la taille de la bibliothèque de modèles.
Pour qui ?
- Les indépendants et petites équipes qui veulent concevoir leurs visuels sans abonnement avec Doory, depuis un navigateur.
- Ceux qui préfèrent garder leurs fichiers sur leur propre serveur plutôt que chez un tiers.
- Les développeurs et agences qui cherchent un outil de design pilotable par un assistant IA ou par une API.
- Moins adapté si vous avez besoin d’un très large choix de modèles, ou d’un outil de maquettage d’interfaces : Penpot répond mieux à ce second besoin.
En résumé
Doory réunit édition, animation, collaboration et export dans un outil open source, gratuit, utilisable sans compte, installable sur son propre serveur et pilotable par un assistant IA. Il est récent, publié en 0.x, et ne compte que dix modèles : un bon candidat pour des besoins simples, à surveiller avant tout usage critique.
Pour découvrir une suite d’applications créatives libres, lisez notre article sur ArtCraft ; pour programmer ensuite vos visuels sur les réseaux sociaux, voyez Postiz. Besoin d’aide pour installer et maintenir Doory sur votre serveur ? Contactez-nous.



