Immich : l’alternative open source à Google Photos, auto-hébergée

Immich : l'alternative open source à Google Photos, auto-hébergée

Les photos de vos produits, les visuels de vos réseaux sociaux, les albums de vacances : tout cela finit souvent dans un service en ligne dont vous ne maîtrisez ni l’espace ni les conditions. Immich propose de reprendre la main. Ce logiciel libre de gestion de photos et de vidéos s’héberge sur son propre serveur et reprend les usages de Google Photos ou d’iCloud Photos : sauvegarde automatique depuis le téléphone, recherche, personnes, lieux, albums partagés. Le projet se présente comme stable depuis la version 2.0.0. Voici ce qu’il sait faire, comment l’installer avec Docker Compose et ce qu’il vous restera à gérer : stockage, sauvegardes, mises à jour.

Immich, c’est quoi ?

Immich est une application de gestion de photos et de vidéos à installer sur un serveur. Le projet la décrit comme « haute performance », un qualificatif que nous n’avons pas mesuré. On y accède par un site web et par des applications mobiles (iOS et Android) qui envoient les photos du téléphone vers votre serveur.

  • Open source : code sur GitHub, où le dépôt compte plus de 115 000 étoiles.
  • Technologie : serveur TypeScript (NestJS), site web SvelteKit, application mobile Flutter, base PostgreSQL, file de tâches Redis et service Python d’apprentissage automatique.
  • Maturité : le projet est né en 2022. Il présente la version 2.0.0, annoncée début octobre 2025, comme sa première version stable ; la version majeure 3.0.0 est sortie le 1er juillet 2026.
  • Équipe : Immich a rejoint FUTO en 2024 ; selon sa feuille de route, l’équipe principale travaille depuis à plein temps sur le projet.

Immich : l’alternative open source à Google Photos, auto-hébergée - Immich : la chronologie des photos sur le web - Coelus
La chronologie sur le web, ici sur la démo publique du projet : les photos sont classées par date, avec les albums dans le menu de gauche.

Sauvegarde automatique depuis le téléphone

C’est la fonction clé pour remplacer Google Photos. Quand la sauvegarde est activée, Immich envoie les nouvelles photos et vidéos des albums choisis à l’ouverture de l’application, puis régulièrement en arrière-plan. D’après la documentation :

  • les envois se font en Wi-Fi par défaut, ce qui se règle ;
  • une somme de contrôle évite les doublons avec ce qui est déjà sur le serveur (web, autre appareil, ligne de commande) ;
  • les albums du téléphone peuvent être recopiés sur le serveur, à sens unique ;
  • les fichiers d’origine ne sont pas modifiés : les métadonnées éditées vont dans des fichiers annexes XMP et dans la base.

L’arrière-plan dépend du téléphone : sur iOS, le système décide quand la tâche tourne ; sur Android, certains modèles bloquent les applications pour économiser la batterie.

Recherche, personnes, lieux et partage

Immich analyse vos photos avec des modèles d’apprentissage automatique qui tournent sur votre serveur. La recherche contextuelle, fondée sur le modèle CLIP, accepte une phrase libre sans mots-clés préalables et se combine avec des filtres : personnes, lieux, albums, texte présent dans l’image, étiquettes, appareil photo, dates.

Immich : l’alternative open source à Google Photos, auto-hébergée - Immich : recherche contextuelle de photos - Coelus
Recherche contextuelle sur la démo publique : la phrase « sunset over the sea » (étiquette « Context ») renvoie des couchers de soleil.

Les visages sont détectés et regroupés par personne, que vous pouvez nommer ; les photos géolocalisées s’affichent sur une carte ; des souvenirs « il y a X ans » reviennent comme dans les services en ligne.

Immich : l’alternative open source à Google Photos, auto-hébergée - Immich : la carte des photos géolocalisées - Coelus
La carte de la démo publique : les photos géolocalisées sont regroupées par zone, avec le nombre de photos de chaque groupe.

Pour le partage, le projet liste les albums partagés, les liens publics et le partage de toute la photothèque avec un « partenaire » ; il gère aussi la connexion par OAuth et les clés d’API. Sur la capture du projet ci-dessous, un lien peut recevoir un mot de passe, une adresse personnalisée et une date d’expiration.

Immich : l’alternative open source à Google Photos, auto-hébergée - Immich : partage depuis l’application mobile - Coelus
L’application mobile : création d’un lien de partage (mot de passe, adresse personnalisée, expiration), choix d’un partenaire et albums partagés.
Immich : l’alternative open source à Google Photos, auto-hébergée - Immich : un album et ses photos - Coelus
Un album sur la démo publique : titre, période, nombre de photos, comptes qui y ont accès, puis les photos classées par date.

Comment l’installer

Le guide de démarrage rapide demande au moins 6 Go de mémoire, 2 cœurs de processeur et Docker. L’installation officielle repose sur Docker Compose : un fichier décrit quatre conteneurs (serveur Immich, apprentissage automatique, PostgreSQL, Redis) et se télécharge depuis la dernière version publiée, pas depuis la branche principale, qui peut ne pas lui correspondre.

Avec Docker Compose

Utilisez le Docker Engine officiel et la commande docker compose : le projet signale des erreurs avec certains paquets Docker (Ubuntu 22.04) et avec l’ancienne commande docker-compose.

				
					# Dossier de travail, puis téléchargement des deux fichiers de la dernière version
mkdir ./immich-app
cd ./immich-app
wget -O docker-compose.yml https://github.com/immich-app/immich/releases/latest/download/docker-compose.yml
wget -O .env https://github.com/immich-app/immich/releases/latest/download/example.env
				
			

Adaptez ensuite le fichier .env (noms et valeurs par défaut du fichier d’exemple officiel).

				
					# .env : valeurs à adapter
# Dossier où seront stockées les photos et les vidéos envoyées
UPLOAD_LOCATION=./library
# Dossier de la base PostgreSQL (pas de partage réseau)
DB_DATA_LOCATION=./postgres
# v3 suit la version majeure 3 ; vous pouvez aussi fixer une version précise
IMMICH_VERSION=v3
# Remplacez par un mot de passe aléatoire en lettres et chiffres uniquement
DB_PASSWORD=VOTRE_MOT_DE_PASSE
DB_USERNAME=postgres
DB_DATABASE_NAME=immich
				
			

UPLOAD_LOCATION doit pointer vers un disque avec assez de place : c’est là que vivront vos photos. La base doit être sur un système de fichiers qui gère les droits (ext4, ZFS, XFS, APFS…), pas sur un partage réseau, NTFS ou FAT. Puis démarrez :

				
					# Démarrer Immich en arrière-plan
docker compose up -d
				
			

Ouvrez http://ADRESSE_DU_SERVEUR:2283 : le premier compte créé devient administrateur. Installez ensuite l’application mobile (App Store, Google Play, APK sur GitHub ou F-Droid) et saisissez l’adresse du serveur. Pour l’ouvrir sur Internet, placez-le derrière un proxy inverse (exemples pour nginx, Caddy, Apache, Traefik) qui gère le HTTPS et accepte les gros envois ; Immich ne peut pas être servi dans un sous-chemin comme /immich.

Ce que vous gérez vous-même

Immich s’exploite : le projet fournit le code et la documentation, le reste vous revient.

  • Le stockage : l’espace des photos et vidéos, et un disque rapide pour la base (le projet recommande un SSD si possible).
  • Les sauvegardes : Immich exporte sa base chaque jour à 2 h par défaut (14 exports conservés), mais ces exports ne contiennent que les métadonnées. Les photos et vidéos, dans UPLOAD_LOCATION, se copient avec un vrai outil de sauvegarde. L’équipe conseille au moins deux copies locales et une copie hors site (règle 3-2-1).
  • Les mises à jour : changez IMMICH_VERSION si vous avez fixé une version, puis lancez docker compose pull et docker compose up -d.

Sur le rythme des versions, le projet suit le versionnage sémantique depuis la 2.0.0, publie régulièrement des versions et dit réserver les changements incompatibles (API et déploiement compris) aux versions majeures. Selon sa documentation de mise à niveau, le serveur n’est compatible qu’avec la même version majeure, l’application mobile avec deux versions majeures consécutives (mettez-la à jour avant le serveur), et ni correctifs sur les anciennes versions ni retour en arrière ne sont prévus.

La version 3.0.0 l’illustre : son guide de migration annonce une longue liste de changements incompatibles, pour la plupart déjà signalés comme obsolètes (variables d’environnement retirées, fin de pgvecto.rs au profit de VectorChord, points de terminaison de l’API modifiés ou supprimés). Selon le projet, la mise à jour reste habituelle pour la grande majorité des utilisateurs. Si des scripts utilisent l’API, relisez ce guide : des champs ont par exemple été retirés de la requête d’envoi d’un fichier.

Les limites à connaître

  • Les gros envois derrière un proxy. La FAQ attribue souvent les vidéos non envoyées à un proxy inverse mal réglé (taille maximale, espace disque) et cite la limite de 100 Mo de Cloudflare Tunnel. Derrière le proxy gratuit de Cloudflare, les envois de plus de 100 Mo sont refusés (erreur HTTP 413) : la documentation de Cloudflare fixe cette taille maximale pour les offres Free et Pro et propose de découper l’envoi, d’utiliser un enregistrement DNS non proxifié ou de changer d’offre.
  • Un premier import qui demande de la méthode. Dans un billet de novembre 2025, le blogueur Michael Stapelberg raconte que l’outil officiel en ligne de commande a subi des délais dépassés (les tâches de fond ralentissent les envois) et ignorait les fichiers JSON d’un export Google Takeout. Il a utilisé immich-go, un outil communautaire que la documentation recommande pour Takeout.
  • La sauvegarde mobile en arrière-plan dépend d’iOS et d’Android. Le même auteur la juge trop difficile à configurer sur iPhone, tout en concluant qu’Immich est rapide et fonctionne généralement bien.
  • Des noms de fichiers aléatoires. Par défaut, les fichiers sont enregistrés sous des identifiants aléatoires ; retrouver les noms d’origine suppose d’activer le « modèle de stockage » et de lancer une migration.
  • Un modèle économique à connaître. Le projet a rejoint FUTO en 2024 et vend des clés de produit pour soutenir son développement, en affirmant qu’aucune fonction ne sera payante. Dans l’annonce de sa version stable, l’équipe évoque la polémique née de l’arrivée chez FUTO et prévoit des services payants facultatifs, comme une sauvegarde chiffrée hors site.

Immich face à Google Photos et d’autres solutions auto-hébergées

Google Photos est un service hébergé par Google. Immich vise des usages comparables sur un serveur que vous contrôlez (son dépôt porte d’ailleurs le sujet GitHub « google-photos-alternative »), et sa documentation décrit l’import d’une bibliothèque Google Photos depuis un export Google Takeout. Voici trois autres solutions, d’après leurs propres pages.

SolutionApplication mobileÀ savoir
Logo d’ImmichImmichApplications iOS et Android, sauvegarde automatique intégréeQuatre conteneurs ; 6 Go de mémoire et 2 cœurs au minimum (guide de démarrage)
Logo de PhotoPrismPhotoPrismApplication web installable (PWA) ; sauvegarde du téléphone avec des applications compatibles comme PhotoSyncÉdition communautaire gratuite ; abonnements (Essentials, Plus) pour des fonctions en plus
Logo de MemoriesMemoriesClient Android en accès anticipé ; envoi automatique avec les applications NextcloudÀ installer dans une instance Nextcloud, où restent les photos
Logo d’EnteEnteApplications iOS, Android, bureau et webChiffrement de bout en bout ; service payant (10 Go gratuits), auto-hébergement possible

Logos des solutions citées : marques de leurs projets, reproduits à titre d’illustration d’après leurs sites et dépôts officiels, et Wikimedia Commons pour Ente.

Les quatre projets publient leur code : le choix tient donc à l’écosystème. Immich est une application dédiée avec ses applications mobiles, PhotoPrism privilégie le web, Memories suppose Nextcloud et Ente met en avant le chiffrement de bout en bout. Michael Stapelberg a retenu Immich plutôt qu’Ente, dont le périmètre lui semblait bien plus large que son besoin. Nous n’avons testé aucune des trois autres solutions : le tableau reprend ce que leurs pages annoncent.

Pour qui ?

Pour les indépendants, agences et petites équipes qui exploitent déjà un serveur (VPS ou machine à domicile) et veulent y centraliser banques de photos, visuels et sauvegardes de téléphones, sans dépendre d’un service en ligne. Moins pour qui ne veut aucune maintenance, ne prévoit pas de sauvegardes ou dispose d’un serveur très modeste : le service d’apprentissage automatique peut toutefois être déplacé sur une autre machine ou désactivé, selon la documentation d’architecture.

En résumé

Immich est une photothèque open source et auto-hébergée : sauvegarde automatique depuis le téléphone, recherche contextuelle, visages, carte et albums partagés. Le projet se dit stable depuis la version 2.0.0 et publie régulièrement des versions. À vous de prévoir le stockage, des sauvegardes complètes, la lecture des notes de version avant chaque mise à jour majeure et les limites de votre proxy pour les gros fichiers. Si Docker est nouveau pour vous, notre article sur Portainer montre comment déployer des conteneurs depuis une interface. Pour de l’aide à l’installation et à la maintenance d’Immich, parlez-nous de votre projet.

Enzo Valvasori
Enzo Valvasori
Webdesigner
enzo-valvasori.fr

Enzo Valvasori est Webdesigner, Éditeur de Sites et Expert SEO. Il est le fondateur de Coelus, un collectif de freelances réunissant des expertises complémentaires au service de projets numériques ambitieux. Passionné par le Web, l’Auto-Hébergement, l’Open Source et l’Intelligence Artificielle, il explore des solutions innovantes pour créer des expériences en ligne performantes, visibles et durables.

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