Les éditeurs de code dopés à l’IA se sont multipliés, et la plupart fonctionnent de la même façon : votre code et vos requêtes passent par les serveurs de l’éditeur, qui impose aussi ses modèles et ses tarifs. Pour une agence qui manipule des sites clients, cela pose une double question : la confidentialité et la dépendance à un fournisseur. Void a été une réponse open source qui a beaucoup fait parler d’elle : un éditeur dérivé de VS Code dans lequel vous branchez le modèle de votre choix.
Une précision avant d’aller plus loin : Void n’est plus développé. Son dépôt GitHub officiel est archivé en lecture seule depuis le 2 juin 2026, et son README déclare le projet obsolète (« deprecated »). Cet article présente ce que Void proposait, ce qui s’est passé depuis, et ce qu’il est raisonnable d’en faire.
Void, c’est quoi ?
Void est un IDE open source, fork de VS Code, porté par Mat et Andrew Pareles et présenté comme soutenu par Y Combinator. Son site officiel résume la promesse : coder avec les outils d’IA, avec n’importe quel modèle, en gardant la maîtrise de ses données.
Le code est publié sous licence Apache 2.0 sur le dépôt GitHub de Void, qui affiche environ 28 700 étoiles et 2 650 forks. La première bêta date du 19 janvier 2025, et le lancement sur Hacker News, en mai 2025, a réuni 948 points et 343 commentaires.
Ce qui est arrivé à Void
Le journal des modifications du site s’arrête au 5 juin 2025 (bêta patch n° 7, version 1.4.1). Sur GitHub, l’historique montre ensuite des commits en août 2025, puis deux commits « Update README.md » le 12 janvier 2026. Ceux-ci retouchent une note du README selon laquelle l’équipe met l’éditeur en pause pour explorer d’autres idées de codage, certaines fonctions pourraient cesser de marcher faute de maintenance, et les issues comme les pull requests ne sont plus examinées.
Dans une issue intitulée « is this project dead? », l’équipe explique avoir préféré ne pas courir après la parité fonctionnelle avec les autres outils, et travailler discrètement sur d’autres pistes. Elle précise qu’elle pourrait ne pas reprendre Void sous sa forme actuelle de fork de VS Code. Le 2 juin 2026, le dépôt est archivé et le README devient plus net : projet obsolète, contributions closes.
Le code reste public, et le README présente Void comme une bonne référence pour qui veut forker VS Code. À notre consultation, la page d’accueil du site affichait pourtant encore un bouton « Download Beta », sans mention de cet arrêt.
Les fonctionnalités de Void
Autocomplétion et édition en ligne
La page d’accueil met en avant trois piliers. Le premier est l’autocomplétion avec la touche Tab, compatible avec les modèles dits « FIM » (remplissage au milieu du code). Le deuxième est l’édition rapide d’une sélection directement dans le fichier, présente dès la première bêta avec le raccourci Ctrl+K. Une option d’application rapide s’appuie sur des blocs de type recherche/remplacement plutôt que sur la réécriture complète du fichier.
Chat, mode agent et points de contrôle
Le troisième pilier est le chat, avec trois modes : conversation classique, mode « Gather » pour explorer le code, et mode agent. Selon le journal des modifications, l’agent peut lire et écrire des fichiers, chercher dans le projet et piloter le terminal. Les versions suivantes ont ajouté :
- des points de contrôle pour naviguer entre les modifications faites par le modèle ;
- les références @file et @folder ;
- la prise en charge de MCP et la génération de messages de commit ;
- l’accès distant via SSH et WSL.
Vos modèles, vos données
Void ne fournit pas de modèle : vous connectez un service cloud ou un modèle local. Le journal cite notamment Claude, Gemini, DeepSeek, GPT, OpenRouter et Ollama. D’après le README, les messages partent directement vers le fournisseur choisi, sans passer par un serveur de Void. Votre fournisseur les reçoit donc bien, sauf si le modèle tourne chez vous. L’import en un clic des thèmes, raccourcis et réglages de VS Code facilite la transition.
Démarrer avec Void, si vous y tenez
La page de téléchargement de la bêta existe toujours sur le site officiel, et la chaîne de construction du projet produit des paquets pour macOS, Windows et Linux. La démarche tient en quelques étapes :
- Téléchargez la bêta depuis la page officielle, ou compilez le code avec le guide du dépôt.
- Importez vos réglages VS Code si vous venez de cet éditeur.
- Renseignez un fournisseur de modèle à l’écran d’accueil, ou pointez vers un modèle local.
- Essayez l’autocomplétion, l’édition rapide et le chat sur un projet sans enjeu.
Aucune grille tarifaire n’apparaît sur les pages officielles consultées : le coût d’usage dépend surtout du fournisseur de modèle branché.
Void face à Cursor et aux forks
La page Y Combinator de Void se définit contre les éditeurs d’IA fermés, Cursor en tête, auxquels elle reproche de faire transiter vos données par leur API. Void jouait la carte inverse : code ouvert, modèle libre, requêtes sans intermédiaire. Pour découvrir l’approche concurrente, notre article sur Cursor, l’éditeur de code boosté à l’IA en détaille le fonctionnement.
Pour les anciens utilisateurs, une autre piste existe : la liste « Void Forks », maintenue par une IA et mise à jour chaque semaine, recense des projets issus de Void, comme CortexIDE, NeuralInverse ou Kodia, ainsi que Sylix, décrit comme une continuation fermée. D’après cette liste, ces projets sont indépendants de Void et leurs entrées ne sont pas relues en profondeur.
Pour qui ?
Void s’adresse moins aux utilisateurs finaux qu’aux développeurs curieux :
- ceux qui veulent étudier un fork de VS Code, avec une interface React et Tailwind, des diffs affichés au fil de la génération et des connecteurs de modèles écrits de zéro ;
- les équipes qui cherchent une base sous licence Apache 2.0 pour construire leur propre éditeur interne.
Pour un outil du quotidien sur des projets clients, un éditeur archivé n’est pas le choix le plus prudent.
Limites et points d’attention
- Plus de maintenance. L’équipe prévient elle-même que des fonctions peuvent cesser de marcher, ce qui est probable pour des connecteurs vers des services d’IA qui évoluent vite.
- Sécurité. Un agent qui écrit des fichiers et lance des commandes, dans un éditeur qui ne reçoit plus de mises à jour, mérite d’être isolé (projet jetable, machine virtuelle). C’est une précaution de notre part, pas un avertissement de l’éditeur.
- Forks à examiner. Avant de leur confier du code, vérifiez qui les maintient, leur activité récente et leur licence.
- Informations discordantes. Le site officiel ne mentionne pas l’arrêt que le dépôt annonce ; fiez-vous au dépôt.
- Test. Nous ne l’avons pas testé nous-mêmes : cet article s’appuie sur le site, le dépôt, le journal des modifications et la discussion Hacker News.
En résumé
Void a montré qu’un éditeur d’IA ouvert, branché sur le modèle de son choix, pouvait séduire largement : près de 28 700 étoiles sur GitHub en témoignent. Mais le projet a été mis en pause, puis archivé le 2 juin 2026, et son équipe travaille sur d’autres idées.
Retenez Void comme une référence technique et une base sous licence Apache 2.0, plutôt que comme un outil à adopter pour vos projets. Au quotidien, comparez des alternatives encore maintenues, y compris les forks de Void, après avoir vérifié leur activité.




